Photo du nord du site AZF le 21 septembre 2001 à 13h47. Au centre : le cratère et la trace noire.

Catastrophes AZF Toulouses - Le dossier Vérité - Les pistes

La catastrophe de Toulouse provoquée par une pollution atmosphérique ?

La catastrophe de Toulouse provoquée par une pollution atmosphérique due à l’usine AZF ?
C'est ce qu'affirment Georges Guiochon et Laurent Jacob .
Et ils ne manquent pas de preuves...

Le 21 septembre 2001, vers 10 heures 18, explosait un stock d’engrais déclassé dans l’usine AZF de Toulouse, propriété d’une filiale de Total, provoquant la mort de 31 personnes, des milliers de blessés et des millions de francs de dégâts. Cette usine fabriquait du nitrate d’ammonium, un sel utilisé à la fois comme explosif par l’industrie et comme engrais par l’agriculture. Aujourd’hui encore la cause exacte de cette explosion est inconnue. Un premier procès s’est soldé par une relaxe générale, faute de preuve. Le procès en appel est actuellement en délibéré, mais la cause de l’explosion n’est pas d’avantage ressortie des débats. En particulier, l’hypothèse d’un mélange accidentel avec un produit chloré avancée par les experts judiciaires a été réduite à néant par Gérard Hecquet, chimiste spécialiste de ce produit chloré, venu déposer à la barre. Ce défi a interpellé un certain nombre de scientifiques qui se sont attachés à expliquer le processus catastrophique, notamment le mathématicien Jean-Marie Arnaudiès, le centralien Bernard Rolet , les chimistes Gérard Hecquet et Georges Guiochon. Ce dernier, professeur émérite de l’Université du Tennessee, spécialiste mondial du nitrate d’ammonium, ancien élève de l’Ingénieur Général des Poudres, Louis Médard, vient de publier en collaboration avec Laurent Jacob , son condisciple de l’École Polytechnique, une étude qu’il a présentée devant un parterre d’éminents spécialistes des risques industriels, à Houston, à l’occasion du congrès 2012 de l’American Institut of Chemical Engineers (AIChE) . consacré à la sécurité industrielle.

Le travail des deux spécialistes qui, en préambule, égratignent les méthodes d’investigations utilisées à Toulouse – une seule piste explorée et ce n’est pas la bonne – se fondent sur la méthodologie scientifique : collecte de tous les faits et témoignages sans rejet ni discrimination. Puis élaboration et étude d’un modèle. Enfin validation ou rejet du modèle au vu des faits rapportés. Leur travail explique fort habillement tout un pan de faits mystérieux observés avant l’explosions : phénomènes de rayons lumineux, d’électrisations spectaculaires, d’éclairs, de « foudre en boule », qui, faute d’explication, avaient purement et simplement été rejetés par les experts judiciaires alors qu’ils sont la clef du mystère et mettent en lumière une pollution du site par l’exploitant.

Ces étonnants événements précurseurs ont été patiemment collationnés et analysés, par le normalien Jean-Marie Arnaudiès, célèbre pour ses ouvrages de référence pour les étudiants en mathématique et les candidats à l’agrégation . On y trouve pêle-mêle des colonnes gazeuses observées par une demi-douzaine de témoins et situées, selon le mathématicien, sur le site d’une usine d’armement jouxtant AZF. Des rayons lumineux observés par plusieurs automobilistes circulant à proximité de l’usine AZF et par des riverains y compris dès la nuit précédent l’explosion. Dont un mystérieux rayon en forme de « arche ». Des témoins rapportent de même des brouillards et des fumées vus sur le site d’AZF ou sur le bras mort de la Garonne se déplaçant vers l’ouest. Plusieurs témoins subissent des électrisations : un ouvrier au déchargement de l’ammoniaque est électrisé en touchant une porte métallique et ne peut se dégager ; deux ouvriers à l’ensachage du nitrate d’ammonium restent scotchés à un plasmoïde lumineux bleu. Ils sentent un courant électrique traverser leurs corps et ne seront libérés que par l’explosion d’AZF. D’autres signalent diverses anomalies : flammèches sortant d’un téléphone, foudre en boule… On enregistre même de francs problèmes électriques : courant de défaut sur la ligne haute tension des Demoiselles située au nord de l’usine, coupure électrique pendant un quart d’heure d’un site prioritaire : l’Hôpital Marchand, à l’ouest d’AZF, trois quart d’heure avant l’explosion ; déconnexion inopinée du groupe de cogénération de l’usine d’incinération de l’agglomération de Toulouse plusieurs secondes avant l’explosion ; arrêt d’un pont élévateur, dysfonctionnement de badgeuses, refus de fonctionner d’imprimantes, d’ordinateurs et d’organes de sécurité, chiffres défilants sans raison sur l’afficheur d’une bascule…

Georges Guiochon et Laurent Jacob attribuent ces phénomènes à une forte pollution atmosphérique au nitrate d’ammonium dont l’origine serait la tour de granulation (prilling) d’AZF, dernière étape dans la fabrication de l’engrais. Le rôle de cette tour est la formation de granulés de nitrate d’ammonium (prills) de taille calibrée. Le nitrate fondu, chauffé à 200°C, est pulvérisé du haut de la tour à l’aide de buses. En tombant, il rencontre un contre-courant montant d’air ambiant : le nitrate d’ammonium cristallise sous forme de grain. Cette tour, connue des Toulousains sous le nom de « tour verte », en raison de sa flèche et de ses escaliers métalliques peints en vert, culminait à 67 mètres de hauteur, sa plateforme supérieure se trouvant à 44 mètres au dessus de sa base. Elle était essentiellement constituée d’armatures métalliques arrimées à un socle bétonné. En haut : deux ventilateurs d’aspiration de l’air ambiant. Au milieu : deux colonnes de pulvérisation du nitrate (LUWA). En bas : des cuves de récupération. Le tout pris dans un ensemble de tuyauteries d’air comprimé et de nitrate fondu, de vannes, de filtres et de capteurs. La pollution engendrée par les tours de granulation est connue et répertoriée. Le Ullmann’s, la bible des chimistes, indique : « De sérieux problèmes, attribuables à l’émission de fumées de nitrate d’ammonium, sont souvent rencontrés lors du prilling à cause du fort débit d’air. » Et un master de l’École de chimie de Toulouse de continuer : « Les usines modernes sont généralement équipées de systèmes spéciaux de contrôle des émissions. » Ce qui visiblement n’était pas le cas de l’usine AZF pourtant voisine de Chimie de Toulouse. Un procédé mis au point par un consortium d’agriculteurs américains consiste ainsi à diviser l’air froid en deux courants par des chicanes ou des tubes dans la tour de prilling nettoyant ainsi le courant de l’intérieur contenant le plus de polluants. AZF Toulouse n’utilisait pas ce moyen de dépollution.

Or le nitrate d’ammonium est un sel, résultant de la neutralisation d’un acide, l’acide nitrique, par une base, l’ammoniaque. Et comme tout sel, il est conducteur de l’électricité. L’action de cette bruine saline est ainsi du plus mauvais effet sur les installations électriques. Or, note George Guiochon, ce 21 septembre, il s’est produit un phénomène météorologique d’inversion : la température ambiante croissait avec l’altitude jusqu’à la hauteur de 800 mètres, puis s’inversait. Les fumées de nitrate d’ammonium se sont donc trouvées piégées. De plus, il soufflait, ce jour-là, le vent d’Autan qui a dirigé le nuage conducteur d’électricité vers la ligne électrique haute tension de 63 kV et le poste transformateur de Lafourguette situé au Nord-Ouest d’AZF qui alimentait notamment la SNPE. Ainsi s’expliquent, d’après Georges Guiochon et Laurent Jacobs, tous ces phénomènes d’abords mystérieux jusqu’à l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, ce 21 septembre 2001.


>>> La thèse de Laurent Jacob publiée par Préventique
>>> La conférence de Georges Guiochon en avril 2012 à Houston - Texas (English -Texte en anglais)